Crise de 6 ans : je ne la reconnais plus

On m’avait prévenu pour le terrible 2, le terrific 3… Mais la crise des 6 ans, on en parle ? Récit de maman parfois démunie devant son enfant qui grandit.

 

Quand on me demande si mes enfants sont « sages » (l’enfant sage, apparemment le graal de tout parent), je réponds toujours que ma grande est calme et que c’est la petite qui me met le plus souvent en difficulté. Et c’est un peu vrai : depuis sa naissance, Miniloute a été exigeante, en souffrance, en demande d’attention et on essaie de s’adapter tout en ayant aussi nos faiblesses et nos limites. Tandis que sa grande soeur nous a habitués à une tranquillité relative en grandissant harmonieusement sans heurts. Et c’est là que ça coince : déjà parce que pour grandir un enfant a généralement besoin de s’opposer, de passer par des phases un peu dures comme le fameux terrible two, ensuite parce que nous n’avions pas l’habitude de gérer ce genre de « crises » avec elle.

Il y a bien eu le cap des 3 ans et surtout la naissance de sa petite soeur, qui a été vraiment difficile à base de cris, de hurlements et de je-me-roule-par-terre-et-on-ne-peut-pas-m-approcher, mais au final ça a duré 3 semaines… Et ce n’était pas si difficile avec le recul. Même la « crise des 2 ans » a été soft avec Liloute et du coup nous pensions que tout irait comme sur des roulettes avec elle.

Erreur.

Parce que ma grande est une enfant comme les autres, mais surtout une grande sensible qui intériorise beaucoup. Parce qu’elle a quand même du changer d’école, d’environnement, parce qu’elle évolue et apprend énormément depuis l’entrée en CP. Et parce qu’à 6 ans, elle quitte la petite enfance et doit se sentir coincée entre son envie d’être encore un peu petite, celle d’être une grande et la peur de grandir un peu sans doute. Pas facile quand on se met à sa place…

Depuis quelques semaines, je ne reconnais plus ma fille. Enfin, par moments… Elle répond à tout ce que je lui dis, n’écoute plus, s’oppose constamment, râle, crie, tient notre regard et sourit (voire se marre) quand on hausse le ton. Elle s’éloigne et je n’arrive plus à l’atteindre parfois, du moins j’en ai l’impression. Et quand j’en parle, ça me fait penser à la crise d’adolescence, en version mini bien sûr, mais ça me rappelle ça. Ce passage, cette fois je le vis dans la peau de la maman (et dieu sait comme je comprends la mienne et comme elle a du souffrir -parce que je suis beaucoup moins calme et empathique que ma Liloute-)

La première réaction serait de s’indigner et de s’énerver face à ce « manque de respect ». Et j’avoue c’est ce qui arrive très souvent : je perds mon calme, je me sens agressée, moquée, diminuée, mais surtout je la sens s’éloigner et je ne sais plus comment gérer ses crises. Alors je me trouve démunie, perdue, et je réponds par les cris et l’agressivité. Les vieux réflexes… Elle n’obéit pas, elle doit écouter, c’est moi qui commande, elle va me cracher dessus si ça continue ! J’aimerais pouvoir prendre du recul plus souvent, pour ne pas arriver à l’escalade de colère et de hurlements. Mais je suis humaine et fatiguée, j’ai aussi un enfant de 3 ans qui n’est pas non plus « facile » et surtout les vacances scolaires mettent mes nerfs à rude épreuve.

Je ne me cherche pas d’excuses, mais en tant qu’être humain j’ai moi aussi mes défauts. Et bien souvent les crises de ma grande se terminent dans les cris et les larmes. Mais pas toujours.

« Maman tu sais quand on se discute (pour disputer), je ne comprends pas pourquoi tu cries. »
« Maman quand tu cries je suis triste et en colère. »
« Maman des fois j’ai peur de toi. »

Et la dernière phrase me glace le sang à mon tour. Je n’ai pas envie d’inspirer la peur à mes enfants, juste l’amour et le respect. C’est surement une utopie selon certains, mais pour moi ça ne peut se gagner ou se garder qu’en montrant l’exemple. En étant agressive je lui apprends à l’être et surtout, je culpabilise et je me torture encore plus. La fameuse culpabilité qui poursuit les parents jour et nuit…

Alors oui, la crise de 6 ans, si on peut l’appeler comme ça, c’est difficile. Chez nous, Liloute est parfois complètement à l’opposé de l’enfant que je connais : elle devient exigeante, impatiente, colérique, difficile à comprendre dans ces moments là. Ce qui demande un peu plus d’efforts, voire beaucoup plus quand il est 18h et que tu tentes de travailler et occuper les enfants qui ont crié toute la journée et qui sont présentement en train de courir en hurlant dans le salon depuis 20 minutes.

Et j’avoue j’ai peur qu’elle « reste comme ça », qu’elle ne redevienne plus la Liloute que je connais, j’ai peur de la perdre, d’abimer notre relation. Ce qui n’améliore pas mes réactions.

Heureusement il y a ces instants de grâce où elle me parle, exprime ses émotions, me prend dans ses bras et redevient ma grande… Ma grande qui grandit justement, qui a toujours besoin de moi mais à qui je dois laisser de l’espace. A qui je dois faire confiance, face à qui parfois je devrais lâcher prise, respirer, prendre du recul et revenir plus compréhensive et à même de l’aider à traverser ces crises.

Je me connais et je sais que je n’y arriverai pas tout le temps. Il faut l’accepter et faire de mon mieux…

 

« Maman, tu sais, en fait, moi je t’aime tout le temps. » Et moi aussi, tellement…

 

 

25 commentaires

  1. Nous rencontrons à peu près le même soucis avec notre ainé de 5 ans. Il est dans une période où un petit rien le fait partir dans une contrariété ou une colère difficile à gérer. Je réagis difficilement aussi, c’est pas facile cette opposition quotidienne! Je sais aussi que c’est sans doute une passade mais j’ai peur également parfois que cela ne s’arrange pas. De la patience et de l’indulgence pour soi et pour l’enfant, je crois que c’est cela qu’il nous faut!

  2. c’est un peux le « probleme » avec les enfant facile, c’est que lors de changement comme celui ci on est un peu perdu… Je crois que le maitre mot c’est calme patience et bienveillance, facile a dire hein …

    1. Exactement, j’ai moins de difficulté et je me sens moins perdue face aux crises (pourtant intenses et fréquentes !) de la petite car j’y suis habituée. La grande a toujours été plutôt facile alors forcément ça change !

  3. A chaque âge sa crise… Je pense que le fait de sourire quand on les dispute c’est une façon de se protéger, pas de se moquer de notre autorité, c’est peut être aussi de la peur camouflée? Mais c’est clair, nous ne sommes aussi que des humains et parfois on a beau adhérer complètement à l’éducation bienveillante et à la communication +++, parfois on perds ses moyens et on déborde contre notre volonté

  4. Ma petite puce n’a que 2 ans. Elle me fait déjà des caprices. Après avoir lu ton récit, je me dis que je dois certainement me préparer pour après. Courage. 

  5. Je suis tombée sur cet article en tapant dans Google « crise ado 6 ans »! En ce moment c’est très compliqué avec mon aîné, il râle, trouve tout « nul » (moi la première!), se prend pour le chef de tribu…Et je me sens vraiment « nulle » pour gérer la situation.

  6. ça fait du bien de te lire, je vis ça avec ma fille de 6 ans. J’ai l’impression de la perdre. Elle passe par de nombreux états émotifs en une même journée. Les punitions ne donnent rien, on s’énerve puis on regrette.
    Je pense qu’elle ne sait pas exprimer à son âge ce qu’elle ressent, et cette frustration, c’est nous parents qui la payons.
    Elle a une petite soeur de 3 ans, elle l’adore mais aussi beaucoup de jalousie qu’elle n’avait pas jusqu’à maintenant ou alors on voyait rien.
    Je me sens triste et j’ai l’impression de faire mal les choses…

    1. C’est tellement ça ! C’est pareil beaucoup de rivalité de disputes maintenant alors qu’elle a toujours été super douce avec sa soeur… Je crois que c’est juste un passage, une étape pour grandir, à nous de les accompagner comme on peut…

  7. Quel soulagement, je me suis complétement retrouvée dans le blog, ma Margaux vie également se « pas sage »!!
    je me sens complétement désarmée face à ses réactions agressives, de « dirigeante », d’opposition , c’est une adorable petite fille et il m’arrive de ne plus la reconnaître ce qui pour une maman est assez déstabilisant.
    Vos mots nous rassure, on se sent moins seule …
    Merci 🙂 keep smiling !

  8. Merci beaucoup pour ce témoignage. Nous sommes nous aussi en plein dedans. Beaucoup de changements dans la vie de notre grande : elle a été séparée plusieurs mois de son papa parti travailler à l’étranger, puis nous quittons à notre tour tout son environnement et ses repères pour le rejoindre et vivre en Allemagne … rajoutons l’entrée au Cp qu’elle appréhende autant qu’elle l’attend avec impatience et vous avez tous les ingrédients pour un bon été de crises quotidiennes pour évacuer les angoisses …
    mêmes symptômes : crises de colère, intolérance à la frustration, agressivité envers maman, défi, insolence etc …
    J’espère qu’une fois bien installés et la rentrée passée, les choses vont s’améliorer, sinon ma consommation de Nutella va exploser (certains sombrent dans l’alcool, la drogue ou les médocs, moi c’est le Nutella…) courage à toutes et à tous!

  9. Bonjour ! Moi même je traverse une très mauvaise période avec ma fille aînée qui a 5 1/2, depuis que j ai mon fils il a 7 mois, sa ne fait que empiré, je commence a désespéré, ma fille a tendance a répéter je veut pas être puni, puis je ne suis pas méchante, a peine je la mets au coin elle ce met a hurler alors qu’elle n est pas maltraité….Je suis seul a gérer tout sa .
    Je ne sais plus quoi faire.

    1. Ma grande est passée par une phase aussi quand sa soeur est née, mais elle était beaucoup plus petite… Peut-être qu’elle se sent exclue et chamboulée par cette naissance et le fait d’aller au coin augmente ça ? Je ne la connais pas et je ne vous connais pas non plus donc c’est peut-être juste une piste de réflexion, par contre je sais combien c’est fatigant et comme ils peuvent nous pousser à bout (seule, j’imagine même pas, je me doute seulement que ce doit être difficile). Alors je vous envoie plein de courage et de compassion, essayez peut-être de prendre un tout petit peu de temps ensemble, de la rassurer sur le fait que maman l’aime toujours ?
      Ce genre de période finit par passer 🙂

  10. Il est très bien votre article. Aujourd’hui notre fils (5 ans) a été ingérable, une colère, après une autre, toute la journée des crises, des larmes, des hurlements… il nous a parlé mal ( manque de respect). Du coup, tout le monde a crié le soir. Fort. Je suis allée lui faire un bisous avant dormir. Tout le monde est triste. Vivement qu’elle passe cette période.

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