Ma patience et ses limites, culpabilité maternelle.

Je m’en plains souvent, surement trop, mais les couchers de Liloute, c’est tout un roman: ils sont en dents de scie, m’usent, me fatiguent, me désespèrent, offrent parfois du répit, me déconcertent, me poussent à bout, me laissent vidée et coupable d’avoir « mal fait », d’avoir « raté ».

Encore un coup de la culpabilité parentale.

Encore un coup de mon perfectionnisme sans bornes, de mon obsession du contrôle, de ma fatigue et mon manque de patience. De ma tendance à toujours me remettre en question, c’est bien, mais c’est trop.

Je n’en parle juste plus. Parce que quand on touche à l’éducation, on se heurte à bien des réflexions, conseils ou jugements des bien pensants qui pensent (forcément) mieux que vous. Mieux que vous qui vivez avec votre enfant tous les jours, qui savez qui il est (la plupart du temps). Mais voilà, vous êtes fatigués, abattus, déboussolés parfois et vous en devenez influençable, irritable, à la recherche de la moindre petite solution miracle.

Ce qu’on ne nous dit pas : la plupart des enfants doit, pour se construire, pour grandir, s’opposer à ses parents. C’est NORMAL, c’est sain. Bien sur, dans une certaine limite… Ce qu’on veut nous faire croire : TOUS les autres enfants en bas âge vont au lit et dorment a poings fermés à 20h30, sans jamais réclamer une rallonge de temps supplémentaire avec leurs parents.

Ahem.

Je voudrais déjà vous dire merci, à vous qui, depuis quelques mois, me rassurez autant en commentaires ici que sur la page facebook du blog (ou twitter). Quand vous partagez vos galères du soir et de l’endormissement, quand vous osez dire que vous avez passé des mois à dormir à côté de votre enfant en attendant qu’il daigne enfin sombrer dans le sommeil. Quand vous avouez qu’ils crient souvent, sortent de leur lit, viennent vous solliciter toutes les 2 minutes.

Parce que ça fait du bien, on se sent moins seul et on se dit « finalement, peut être que je ne fais pas si mal que ça »

Et c’est déjà un grand pas.

Je suis juste fatiguée. Sous hormones, enceinte jusqu’aux yeux (ou presque), avec une patience très limitée. Je suis aussi nerveuse que ma fille (il fallait bien qu’elle me ressemble quelque part, oups…), et ça peut vite prendre des proportions qui me dépassent et me laissent en pleurs une fois qu’elle s’endort.

Je crie trop, beaucoup, tout le temps. Pour rien. Pour tout. Et quand je pense à tous ces décibels et cette rage qu’elle se prend en pleine face j’ai la tête qui tourne… Quand je pense à ce que je voudrais être ou faire, ce que je sais être meilleur pour elle, c’est encore pire.

A ceux qui taxent les pro-ENV de choisir la facilité, je vous rirais bien au nez.

Ce n’est ni facile, ni du laxisme de lutter contre ses vieux préceptes « elle va obéir, il le faut, je suis l’adulte, je commande et elle doit se taire ». Parce que ça revient souvent en boucle dans mon cerveau.

« Elle te teste, elle te provoque, elle va gagner »

Entendons nous bien. Je ne suis pas en train de dire que je ne veux pas avoir d’autorité. C’est tout à fait incompatible avec qui je suis.

Une autorité exercée de façon différente, oui, par contre. En fait, une façon de faire qui ne ressemble qu’à notre famille, à notre enfant. Tâtonner, trébucher, recommencer. Ne voir que son intérêt mais un peu le nôtre, aussi. C’est un peu mon idéal, qui évoluerait en fonction de ce qu’on apprend et ce qu’on ressent.

En fait ce n’est pas de l’ENV pure. C’est injecter un peu plus de patience, de compréhension, se mettre à sa place. J’en ai besoin. J’ai besoin de l’écouter, peu importe que ce soit « trop » (on écoute « trop » son enfant, c’est possible?) Elle a besoin de bouger, elle est comme ça, c’est fatigant, mais bien loin de moi de vouloir la museler ou lui dire de refouler ses sentiments. Je sais comme c’est difficile de devenir ainsi.

Alors ça me fait souffrir quand j’essaie de communiquer mais que je me heurte à un mur. Bien sur, ce n’est qu’une impression, elle entend tout et je n’ai pas besoin qu’elle me regarde droit dans les yeux quand je lui parle. D’avoir l’impression que « ça ne marche pas ». Alors oui, j’ai fait l’erreur d’en parler sur mon compte perso, sur les réseaux sociaux, j’ai laissé sortir mon ras le bol, mon impatience, ma fatigue et mon impulsivité. Je l’ai faite passer pour un enfant turbulent et « désobéissant ». J’ai affolé mes proches et alerté les moins proches. Ils ont vu une maman dépassée et un enfant roi. Pourquoi chercher plus loin quand les hormones grossissent le trait ?

S’il vous plait, arrêtez de penser que tous les enfants sont sages comme des images, ou doivent l’être. D’ailleurs je me rends compte que la mienne l’est, la plupart du temps. Le soir, en future maman fatiguée qui aimerait avoir sa soirée « au calme », j’ai tendance à râler ENCORE PLUS et me plaindre, et les gens voient une mère à bout et un enfant qui n’est pas « à sa place ». 

La plupart du temps, elle s’endort après plusieurs levers (ces dernières semaines, on a connu 2-3 mois de franche accalmie), un rituel à recommencer, de l’énervement parental, des rires enfantins, des menaces inutiles et des pleurs. Bien loin de la sérénité des foyers « normaux » aux enfants sages, hein ?

Et pourtant… Tous les soirs elle finit par s’endormir seule, là où il a fallu des mois de presque-cododo pour la rassurer. Tous les soirs à 21H30, nous sommes en général libres de vaquer à nos occupations, sans être dérangés ensuite.

Peut être faudrait-il que je voie les progrès et le chemin parcouru.

Que j’accepte que son développement se fera par phases, pas linéaire du tout, et que c’est comme ça.

Mais comment arrêter d’être cette boule d’impatience et de brutalité verbale le soir ? Moi qui veux bien faire, moi qui n’aime ni crier ni frapper, archi contre la fessée « punitive » ou de défoulement (et ça n’engage que moi), qui culpabilise sans cesse… Peut être qu’au fond, cette crainte que la galère perdure après la naissance de la petite soeur me fait péter un plomb, peut être que c’est encore et toujours ce besoin de contrôle…

« J’ai décidé, tu dois obéir. »

« C’est pas toi qui commande »

Toutes ces petites phrases automatiques… Toutes ces réflexions qui pourraient lui faire du mal…

« Tu m’enerves », « J’en ai marre de toi », « Fous moi la paix », »Laisse moi tranquille », »Arrête ta comédie », »Tais toi », « Maman ne veut plus t’entendre »…

Heureusement il y a 

« Je t’aime » et « Pardon » (plus tard, à tête reposée, avec une bonne explication)

Maman a le droit de craquer. De se plaindre, de pleurer même. De toute façon, on nous jugera toujours,mais le principal est de faire de son mieux. Je ne quémande plus de solutions, on fait comme on le sent, comme on le peut, on se fait un peu plus confiance.

Et si se sentir coupable, se poser des questions fait partie du rôle de parent soucieux de bien faire pour son enfant, c’est que je ne fais pas si mal finalement…

 

 

  6 Commentaires

  1. Charlotte Janiak   •  

    Je pense que si tu t’interroges, c’est que tu es une bonne mère. Ton histoire n’est pas différente de ce que j’entends partout. Et je me souviens même de mon enfance et de mes levés 3 ou 4 fois par soir quand j’étais petite ! Franchement, que les gens balaient devant leur porte. Je suis sûre qu’il y a quelque chose de plus dérangeant chez eux pour qu’ils s’en donnent à coeur joie chez toi. Ils se mettent en valeur comme ils peuvent…

    • Blog de Mère   •     Auteur

      Merci pour ton commentaire ! Je pense tout pareil, mais souvent, quand la fatigue prend le dessus, c’est plus dur 😉 On est humaines !

  2. Disler Eolia   •  

    Bon, ben voilà, tu écris tout haut ce que je pense très fort dans ma tête. Moi aussi quand j’étais enceinte de mon deuxième enfant, mon fils de 3 ans me menait la vie dure (et pourtant il était super content d’avoir bientôt une petite soeur) et je finissais par m’effondrer en larmes devant lui.
    Maintenant j’en ai deux qui sont très doué pour me casser les pieds et me faire douter. Oui, j’use (trop) de phrases qui peuvent les blesser. Ils savent que Maman n’est pas parfaite et « fragile » malgré ses airs de supermaman. Et j’ai droit tous les soirs à un gros câlin et des bisous.
    J’aimerais comme toi être plus zen, moins à cran. Je pense que je me suis améliorée sur certains points et que sur d’autres il y a du boulot! Et puis, si mon mari pouvait arrêter de me dire que je crie trop, ça m’aiderait à me sentir un peu moins « mauvaise mère »… (et pourtant j’ai un mari qui s’occupe bien des enfants. Il est juste moins multitâche que moi.)
    Bref, merci pour ce post, il m’a fait beaucoup de bien. Surtout après la Fête des Mères (en Allemagne où j’habite c’était hier), où je n’ai pas vraiment eu l’impression qu’ils avaient compris que « faire la fête à quelqu’un » était l’attitude à avoir en ce jour-là. j’aurai préféré « faire la fête avec maman »…

    • Blog de Mère   •     Auteur

      Ca me rassure tellement de lire que je ne suis pas seule… Je suis tellement contente que ça fasse du bien aux autres parents de lire ça, moi ça m’a fait du bien d’en parler, et surtout de lire vos comms, messages etc suite à cet article… !

  3. Sophie   •  

    Merci pour cet article! Je suis en plein dedans avec mon fils de 2 ans et demi et je ne cesse de culpabiliser jour après jour, en ayant l’impression que ça ne se passe pas comme ça dans les autres familles! Alors MERCI de m’avoir fait me sentir moins seule et de m’avoir enlever une (petite) partie de culpabilité…Aprés tout je ne suis peut être pas si nulle que ça comme maman….:)

    • Blog de Mère   •     Auteur

      Surtout si tu culpabilise !! Apparemment, c’est un signe qu’on est bonne mère :p Et non, c’est pareil dans les autres familles en fait, et ça rassure ^^

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