Quand mon BABI devient EABI

Que se passe-t-il quand un bébé aux besoins intenses grandit ? Chez nous, il devient un enfant aux besoins intenses, un EABI comme ils disent…

 

« Tu verras, ça passera en grandissant », « Elle fait beaucoup de caprices, non? », « Eh bah bon courage ! »

Autant de phrases que j’ai entendu et entends encore. Je le sais, Miniloute a toujours été plutôt exigeante, sensible (certains diront soupe au lait et j’ai même tendance à utiliser des gros mots quand je suis à bout…). Je ne suis pas forcément pour coller les enfants dans des cases mais on peut dire qu’elle se rapprochait pas mal de la définition de BABI : bébé aux besoins intenses.

Certes, il y avait le RGO mais mon bébé avait et a toujours un caractère intense, exigeant, à fleur de peau. Elle demande beaucoup d’attention mais veut faire seule, elle vit très mal les frustrations et les contrariétés, a du mal à gérer ses émotions. Jusque là, un enfant normal me direz-vous ! Et vous aurez presque raison… Parce que vivre avec Miniloute et en l’occurence un BABI / EABI, c’est marcher sur des oeufs en permanence.

Elle peut partir en crise de larmes pour un simple regard. Hurler une heure sans arriver à se calmer dans mes bras. Se mettre dans un état de crise de nerfs pour une mise en garde, un simple « non » même expliqué calmement. La moindre contrariété peut prendre des proportions considérables et on en vient à vouloir anticiper ses colères, tout le temps.

Elle est capable de se réveiller en pleine nuit en hurlant et pleurer une heure, inconsolable. La plupart du temps elle a un « mauvais réveil » et râle, crie, tape parfois si elle n’est pas bien réveillée. Il n’est pas rare qu’elle pleure du lever jusqu’au moment où je la laisse à l’école et les câlins et tentatives de dialogue n’y changent rien.

On ne va pas se le cacher, c’est une situation épuisante qui dure depuis un moment. J’avais espoir que la parole, l’acquisition de l’autonomie, l’école arrangent un peu la situation. Et puis non, pas vraiment.

D’ailleurs, à l’école, c’est une enfant calme, à l’écoute, volontaire mais réservée. Quand je décris nos difficultés à la maison je me rends bien compte qu’à l’école c’est tout à fait différent. Selon la maitresse, elle est en confiance à la maison, sait qu’elle peut relâcher la pression. D’un côté c’est rassurant mais de l’autre tellement éprouvant…

 

 

Il y a bien sur des périodes où ça va mieux, ou je la trouve plus « facile ». D’autres où, comme en ce moment, elle peut faire plusieurs crises par jour sans que je sache vraiment pourquoi.

Mais au fond, est ce que c’est vraiment important de le savoir ? Souvent, quand je lui demande ce qu’elle a, ses pleurs redoublent. Dans ces cas là, il ne vaut mieux pas la stimuler que ce soit par un geste, une parole, un regard… Elle ne gère plus, il y a un trop plein et j’ai vraiment cette impression que ses émotions « débordent ». J’aimerais bien l’aider en la canalisant avec un « câlin qui contient » comme je faisais avec sa soeur mais ça semble l’énerver d’avantage.

Comme quand elle était bébé, la seule chose qui marche à peu près c’est de la tenir dans mes bras et marcher. Ne pas s’arrêter, ne pas s’asseoir. Sauf qu’elle fait plus de 13 kg et que ma sciatique me rappelle souvent que je ne peux plus la porter tout le temps.

Est ce qu’on la compare trop à sa grande soeur, l’enfant calme, le bébé parfait ? Sans aucun doute, et ça ne facilite pas les choses. Ce n’est pas facile de passer d’une enfant « facile » à une enfant aux besoins intenses. Je suis souvent désemparée devant ses réactions, je me sens tour à tour impuissante, en colère, épuisée, agacée, triste et énervée. Ce qui là non plus n’arrange rien, on est bien d’accord.

Mais alors, que faire ? Accepter ses colères, accepter de laisser pleurer tout en restant à proximité ? Consulter un spécialiste ? Pour l’instant, j’ai le sentiment d’être dans un « creux » et j’attends le mieux. Je me rends bien compte qu’elle est juste « sensible » et que certains enfants ont plus de mal à gérer leurs émotions. Mais il y a des moments où je suis fatiguée de toujours devoir réfléchir à ce qu’il faut faire pour éviter la crise. Où les pleurs et cris presque constants me montent à la tête et me donnent l’impression qu’on ne se comprend pas. Où j’ai beau être sa maman, je n’ai aucune idée de comment la calmer ni de ce qu’elle a.

Alors oui, Miniloute est une enfant intense, sensible, exigeante. Mais c’est aussi une enfant très souriante, une enfant qui chante tout le temps, nous offre des bisous et câlins sans compter… Attachante et entière. Tout n’est pas noir et heureusement !

 

 

On avance ensemble du mieux qu’on le peut. Peut-être qu’on consultera, peut-être pas. Peut-être que j’accepterai enfin ma fille pour qui elle est, une EABI peut-être mais surtout une enfant qui a du mal à gérer ses émotions. Et quoi de plus normal à 3 ans ?

 

11 commentaires

  1. Bonjour, j’ai l’impression que vous décrivez ma vie ! 2 filles de 6 et 3 ans, et la dernière est une BABI / EABI. C’est vraiment dur au quotidien je comprends !!

  2. Je ne connaissais pas ce terme mais le comportement que tu décris est celui de mon fils de 4 ans. L’impression qu’il est tellement introverti que lors d’une chose qui le touche (même minime à mes yeux) prend des proportions impressionnantes. Tout ce qu’il garde en lui sort en torrent,le submerge et a beaucoup de mal à trouver une fin.
    Je ne sais pas si tu pense la même chose ou si je suis hors sujet ?

  3. En lisant le portrait de ta fille, j’avais l’impression que tu brossais le portrait de mon fils aîné quand il avait le même âge (C’était également un bébé avec un RGO et aux besoins intenses : impossible de le poser dans son transat, qui a fait une grève de la faim à 4 mois en entrant à la crèche …) Lui aussi avait des terreurs nocturnes fréquemment. Comme vous on a souvent hésité à consulter et à chaque fois qu’on était à 2 doigts de prendre rendez-vous, ça allait mieux. Nous n’avons donc jamais pris rdv. Maintenant il a 13 ans 1/2. Heureusement il ne fait plus de crises de 45 minutes comme à 4 ans mais il est très à cheval sur la justice (sur sa notion de la justice) et peut se mettre dans un état pas possible quand il ressent de l’injustice. Il a une capacité d’analyse des situations impressionnantes et peut tout argumenter, mais il est fatiguant, usant car on doit continuer de faire attention à ce qu’on peut dire ou faire et qui pourrait le vexer. Il est vraiment hyper exigeant.
    A l’école, il a toujours été un élève modèle.
    Bon courage

    1. On m’a parlé d’enfant précoce pour ma fille, mais je pense que c’est un peu tôt à 3 ans et demi… C’est rassurant de voir que ça s’arrange un peu en grandissant, même ils restent des enfants exigeants. Merci pour ton commentaire et tes encouragements, je sens que je vais en avoir besoin 😉

  4. Je me permets de te donner mon avis ici. Elle n’a que 3 ans et je trouve cela très normal qu’elle réagisse ainsi. Ma puce fait de gros caprices depuis quelque temps. Je fais de mon mieux pour gérer la situation.

    1. Oui c’est sûr elle est encore petite mais je sens bien qu’elle a aussi une sensibilité à fleur de peau, des réactions que je ne comprends pas toujours… Alors j’essaie de me mettre à sa place et de ne pas m’énerver 😉

  5. Bonjour, merci pour cet article. Ce n’est pas la première fois que vos mots me parlent 🙂 Ma fille aînée aura 5 ans en août et il y a encore 2 semaines, j’étais à bout face à ses crises incessantes. Frustrations impossibles à gérer pour elle et qui se traduisent par d’énormes colères qui la transforme en volcan (hurle, tape, hurle sur quiconque ose lui parler ou dire quelque chose), sensibilité extrême qui fait qu’elle se met en colère pour une simple étiquette qui gratte, en cas de fatigue ou contrariété, bref, l’expression « marcher sur des oeufs » on connaît. Je ne compte plus le nombre de crises en public. Ni les regards et commentaires des gens qui souvent empirent la situation.
    Lorsqu’elle est en crise rien ne « marche ». Ni calin ni mots, elle a juste besoin de s’exprimer ainsi.
    Comme vous j’ai souvent l’impression de manquer de patience, de trop crier, de ne pas savoir m’y prendre. Je souffre de la voir souffrir. La semaine dernière j’ai décidé de consulter une psychologue « bienveillante » (pas question qu’on me parle de caprices) et même si elle ne m’a rien appris que je sache déjà (ma fille est visiblement hypersensible, ce que j’ai compris au fil du temps), ça m’a fait du bien de me poser et d’en parler. Elle m’a suggéré des séances de sophrologie pour lui apprendre à gérer ses émotions qui la submergent complètement. L’idée me plaît. Voilà, j’avais juste envie de partager. Pour vous dire que c’est difficile comme situation et que c’est normal de craquer. Ma fille a aussi un milliard de qualités qui la rendent unique, et elle est aussi une « enfant modèle » à l’école ou en collectivité. J’imagine que comme votre fille, ça lui demande énormément d’énergie, et qu’elle a besoin de décompresser avec nous ses parents. Courage à vous, et désolée solée pour la longueur de mon commentaire 🙂

    1. Merci beaucoup pour ce commentaire ❤️
      C’est exactement ça, à l’école et au centre elle est très sage et je suppose que ça lui demande beaucoup d’efforts.
      Ma grande est très sensible elle aussi (mais beaucoup moins !) et pour elle le Yoga pour enfant (avec un peu de méditation, sophro etc) marche super bien !
      Du coup elle a instauré des « moments yoga » avec sa soeur qui a l’air de bien aimer aussi 🙂 La sophro c’est une super idée, j’avais bien aimé pendant ma grossesse (la deuxième, justement…)
      Et faut pas s’excuser, j’adore les longs commentaires 🙂

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